jeudi 25 janvier 2018

Corps naturel, corps artificiel : sujet de culture générale n°5

 


1) Vous ferez une synthèse objective, concise et ordonnée des documents suivants :

Document 1 :

Il y a quelques semaines, un Chinois du nom de Xu Xiaochun a tenu en public des propos qui font froid dans le dos. Xu Xiaochun préside Boyalife, une entreprise ayant investi 31 millions de dollars dans une usine à Tianjin destinée à produire - par clonage - 100.000 embryons de bœuf par an pour satisfaire la demande des Chinois en rosbif. « La technologie existe déjà. Si le clonage humain est autorisé, je crois qu'aucune autre entreprise ne sera mieux placée que Boyalife pour la mettre en œuvre », a déclaré M. Xu, qui ajoute : « Malheureusement, jusqu'à présent­, la seule façon d'avoir un enfant est de mélanger 50 % du patrimoine génétique de la mère et 50 % de celui du père. Mais peut-être à l'avenir aurons-nous trois choix au lieu d'un : soit 50-50, soit un enfant avec 100 % de gènes de son papa, soit un enfant avec 100 % de gènes de sa maman. " Vous frissonnez ?...
Pourtant, le tournant qui a rendu les déclarations de M. Xu possibles est passé relati­vement inaperçu. En 2013, un généticien américain du nom de Shoukhrat Mitalipov, de l'université de l'Oregon, a publié dans la revue « Cell » le compte rendu de ses manipulations : il était parvenu à obtenir par clonage un embryon humain qu'il a laissé se développer in vitro pendant une demi-douzaine de jours (jusqu'au stade de blastocyste1) avant d'en prélever des cellules souches. Son expérience a été réitérée avec succès l'année suivante par deux autres équipes. L'une des « astuces » ayant permis ce résultat a été de plonger l'ovule dans un bain de... caféine ! Cette substance aurait en effet la propriété de bloquer le processus de division cellulaire dans une phase favorable à la réussite du clonage.
Shoukhrat Mitalipov et ses suiveurs ont mis en avant le potentiel thérapeutique de leur exploit. Ce clonage humain, arguent-ils, serait légitime dans la mesure où les cellules souches embryonnaires ainsi obtenues constituent l'une des armes les plus efficaces de la médecine moderne (lire ci-dessous).
Nul ne sait avec certitude ce que seraient devenus ces embryons humains si on les avait réimplantés chez une mère porteuse. Des fœtus au développement anormal, condam­nés à disparaître dans une fausse-couche, ou porteurs de graves tares men­tales et/ou physiques ? Ou bien - comme Dolly - des nouveau-nés parfai­tement « sains » et semblables à tous les bébés du monde, à cela près qu'ils posséderaient le même patrimoine génétique qu'un autre être humain sans pour autant avoir partagé avec lui, à l'instar de deux jumeaux homozygotes, le même utérus ?
Malgré ces questions essentielles, malgré les déclarations glaçantes mais non totalement infondées - la technologie existe bel et bien - d'entrepreneurs chinois en mal de publicité, la communauté des généticiens ne semble pas montrer grand intérêt pour les récentes expériences de Shoukhrat Mitali­pov et consorts.
Professeur au Collège de France, membre fondateur de l'institut des maladies géné­tiques Imagine, Alain Fischer balaie la question d'un revers de main. « Cette affaire est caduque depuis la mise au point des cellules iPS », lance-t-il. Développées à partir de 2006 par le Japonais Shinya Yamanaka (récompensé par le prix Nobel de médecine en 2012), les cellules iPS2 ont révolutionné la thérapie cellulaire, jusqu'ici cantonnée aux cellules souches embryonnaires. Maintenant qu'il existe une autre façon - plus simple techniquement et de beaucoup préfé­rable sur le plan éthique - d'obtenir des cellules souches pluripotentes, pourquoi s'embêter à créer des embryons par clonage ? D'autant que, comme le souligne le président du comité d'éthique de l'Inserm, Hervé Chneiweiss, les embryons surnu­méraires, ne faisant pas ou plus l'objet d'un projet parental, ne manquent pas : 170.000 d'entre eux sont actuellement congelés en France, « ce qui suffit largement à couvrir les besoins de la population en termes de besoin de cellules souches embryonnaires ».
Pour l'éthicien en chef de l'Inserm, cependant, le véritable marché ciblé par les partisans du clonage humain n'est pas celui des malades mais celui, autrement plus vaste et « juteux », des femmes souhaitant avoir un enfant à un âge avancé - par exemple lorsqu'elles se sont déjà assuré un beau début de carrière. Avec les années, leurs ovocytes se dégradent, ce qui les rend de moins en moins fertiles. Si elles n'ont pas trouvé de pères potentiels quand elles sont encore en âge d'enfanter, elles pourraient toujours, grâce à la technique de Shoukhrat Mitalipov, se faire prélever un noyau puis, quelques années plus tard, le transférer dans l'ovocyte d'une femme jeune.
C'est aussi l'avis d'Arnold Munnich, codirec­teur de l'institut Imagine avec Alain Fischer. Auteur d'un livre-manifeste, intitulé « Programmé mais libre » (Plon), cet autre ponte de la thérapie génique n'a pas de mots assez durs pour vilipender ses collègues œuvrant au clonage de l'homme : « La grande masse des gens attend de nous que nous guérissions leur enfant ou au moins que nous découvrions de quoi il souffre. Les élu­cubrations des chercheurs de l'Oregon ne sont pas leur affaire. » Hélas, cela pourrait le devenir !

Yann Verdo, « Clonage : vingt ans après la brebis, l’homme ? », Les Echos.fr, janvier 2016.
1.     Blastocyste : stade précoce du développement embryonnaire.
2.     Cellules iPS : cellules souches générées en laboratoire à partir de cellules somatiques.

Document 2 :


Illustration sur le clonage humain, japanus.makes.org

Document 3 :


Clonage humain et éthique sont-ils compatibles ?

Avec les problèmes techniques qui accompagnent le clonage se posent les questions éthiques. Si le clonage reproductif humain est condamné, presque à l’unanimité, le clonage thérapeutique suscite lui de vives controverses : vertigineuse opportunité thérapeutique ou intolérable exploitation de la vie ? On touche en effet ici un point sensible au carrefour des préoccupations religieuses, bioéthiques et médicales : le statut de l’embryon humain. À partir de quand peut-on le considérer comme une personne ? Porte-t-on atteinte à la dignité humaine en créant des embryons uniquement à des fins thérapeutiques ?
Il est délicat de trouver un consensus à ces questions qui font écho à des conceptions si intimes de la vie. L’hétérogénéité des lois entre pays en témoigne. En France, malgré les avis favorables au clonage thérapeutique de l’Académie des sciences et du Comité Consultatif National d’Éthique, une loi interdisant toute forme de clonage humain a été votée par le Sénat en janvier 2003. Son examen par l’Assemblée nationale en deuxième lecture est prévu pour fin mars.
Quel serait le statut civil d’un clone humain ? 
Du point de vue du droit, il serait l’enfant de la femme qui l’aurait mis au monde et de l’homme qui l’aurait reconnu. Mais la question de la filiation biologique des clones humains resterait pour le moins problématique ! Ni frère, ni fils, ni même jumeau…
La question se complique quand on prend conscience qu’un clone pourrait avoir cinq mères : la mère donneuse de l’ovocyte, la mère donneuse du noyau, la mère porteuse, la mère qui élèverait l’enfant et la mère génétique*. Ces relations de parenté totalement redéfinies ne devraient pas pour autant voler aux clones leur nature humaine. La question du statut des clones humains reste heureusement fictive, car les problèmes techniques et éthiques qui s’y ajoutent rendent aujourd’hui inacceptable d’autoriser le clonage reproductif humain.

* un individu issu d’une fécondation hérite d’un lot de chromosomes paternels amenés par le spermatozoïde et d’un lot de chromosomes maternels présents dans l’ovocyte. Il possède donc la moitié du patrimoine génétique de chacun de ses parents. La femme qui possède la moitié de ses chromosomes en commun avec un clone n’est pas la mère donneuse du noyau, mais la mère de celle-ci. Cette femme peut donc être considérée comme la mère génétique du clone.

« Clonage : quels risques ? » Science actualités.fr, février 2003.

Document 4 :

Les vrais jumeaux sont-ils des clones ? Oui, si l’on se limite à la définition du clone comme double génétiquement identique. Les vrais jumeaux sont même de ce point de vue plus proches qu’un animal cloné en laboratoire et sa copie. Les vrais jumeaux ou jumeaux monozygotes proviennent de la division d’un même ovule fécondé par un spermatozoïde. Ils possèdent donc le même génome, contrairement aux jumeaux dizygotes issus de deux ovules distincts. Les patrimoines génétiques de ces derniers sont aussi différents qu’entre frère et sœur.
Les animaux clonés comme la brebis Dolly, eux, ont un matériel génétique légèrement différent de leur modèle, car ils ne possèdent pas le même ADN mitochondrial, un ADN situé à l’extérieur du noyau des cellules, contrairement à l’ADN principal. En effet, le clonage consiste à remplacer le noyau d’un ovule par celui d’une cellule de l’individu à cloner. C’est donc l’ADN principal de ce dernier qui est transmis, et non l’ADN mitochondrial. Après stimulation électrique, l’ovule forme un embryon. Il est ensuite placé dans l’utérus d’une femelle qui donnera naissance à un clone imparfait.
 Les chercheurs ont constaté que les animaux clonés tendent à développer plus de différences entre eux que les animaux issus de grossesses gémellaires. Pourtant, les jumeaux monozygotes sont loin d’être identiques à 100 %. En cause, les mutations qui se produisent dans l’ADN de chacun des embryons lors des premières divisions cellulaires. Elles peuvent induire des différences physiques (un grain de beauté ou la couleur des yeux) ou condamnent parfois un jumeau à une maladie génétique comme la trisomie 21 ou le diabète alors que l’autre reste en bonne santé. L’expression de leurs gènes ainsi que leur apparence vont aussi naturellement diverger en fonction de leur environnement : régime alimentaire, niveau de stress, pollution, etc. Quant aux différences intellectuelles et psychologiques, elles se modèlent à partir de l’expérience personnelle.
Malgré toutes ces nuances, les jumeaux monozygotes sont les êtres les plus semblables qui existent. La probabilité que des frères et sœurs classiques se ressemblent autant génétiquement est nulle, car lors de la production des gamètes (ovules et spermatozoïdes), les gènes portés par les paires de chromosomes s’échangent de façon aléatoire. Résultat : chaque gamète est génétiquement différent. Impossible de concevoir successivement deux êtres humains au patrimoine génétique identique, c’est ce qui fait que chacun de nous est unique.

« Les vrais jumeaux sont-ils des clones ? », Ça m’intéresse.fr

2) Écriture personnelle :

Pensez-vous que le clonage humain doit être interdit ?

mercredi 6 septembre 2017

Corps naturel, corps artificiel : sujet de culture générale n°3



1) Vous ferez une synthèse objective, concise et ordonnée des documents suivants :

Document 1 :

[A la fin des années 1850, Camille, vingt ans, subit un examen médical qui confirme ce qu'elle sait déjà, elle n'appartient pas au sexe féminin.]

Je ne m’étais pas attendu néanmoins à une investigation aussi sérieuse de sa part.
Il me déplaisait de le voir s’initier de lui-même à mes plus chers secrets, et je répondis en termes peu mesurés à quelques-unes de ses paroles qui me semblaient une violation.
« Ici, me dit-il alors, vous ne devez pas seulement voir en moi un médecin, mais un confesseur. Si j’ai besoin de voir, j’ai aussi besoin de tout savoir. Le moment est grave pour vous, plus que vous ne le pensez peut-être. Je  dois pouvoir répondre de vous en toute sécurité, à Monseigneur d’abord, et sans doute aussi devant la loi, qui en appellera à mon témoignage. » Je me dispense d’entrer ici dans le détail minutieux de cet examen, après lequel la science s’inclina convaincue.
Il lui restait maintenant à faire réparer une erreur commise en dehors de toutes les règles ordinaires. Pour la réparer, il fallait provoquer un jugement en rectification de mon état civil.
« Franchement, me dit le bon docteur, votre marraine a eu la main heureuse en vous appelant Camille. Donnez-moi la main, mademoiselle; avant peu, je l’espère, nous vous appellerons autrement. (...)
Par instants je me demandais si je n’étais pas le jouet d’un rêve impossible. Ce résultat inévitable que j’avais prévu, désiré même, m’effrayait maintenant comme une énormité révoltante. En définitive, je l’avais provoqué, je le devais sans doute ; mais qui sait ? Peut-être avais-je eu tort. Ce brusque changement qui allait me mettre en évidence d’une façon si inattendue ne blessait-il pas toutes les convenances ?... Le monde, si sévère, si aveugle dans ses jugements, me tiendrait-il compte d’un mouvement qui pouvait passer pour de la loyauté, et ne s’attacherait-il pas plutôt à le dénaturer, à m’en faire un crime ?

[Peu après, elle doit quitter la pension où elle était institutrice et se séparer de sa jeune collègue de dix-huit ans avec laquelle elle entretenait un amour secret.]

J’avais pressé une dernière fois dans mes bras celle que j’appelais ma sœur et que j’aimais avec toute l’ardeur d’une passion de vingt ans. Mes lèvres avaient effleuré les siennes. Nous nous étions tout dit. Je partais cette fois emportant dans mon âme tout le bonheur dont j’avais joui pendant ces années, le premier, l’unique amour de ma vie. La voiture, en s’éloignant, m’avait dérobé la vue de ma bien-aimée. Tout était fini.
Je crois avoir tout dit concernant cette phase de mon existence de jeune fille. Ce sont les beaux jours d’une vie vouée désormais à l’abandon, au froid isolement. Ô mon Dieu ! quel sort fut le mien ! Mais vous l’avez voulu, sans doute, et je me tais. De retour à B..., il fallut s’occuper des démarches relatives à mon apparition dans le monde civil comme sujet du sexe masculin.

Herculine Barbin, Mes Souvenirs, Editions du Boucher

Document 2 :

Le paradoxe, si l’on observe les protocoles en vigueur chez certaines équipes « officielles », c’est que pour obtenir la gratuité des traitements hormonaux et chirurgicaux en France, il faut être reconnue victime de « troubles de l’identité de genre » mais ne pas avoir de pathologie « associée », c’est-à-dire de « maladie » autre que le « transsexualisme* » ! On définit ainsi un trouble par… une absence de trouble. Pour être reconnue comme malade (de « transsexualisme »), il faut ne pas être malade. Cette contradiction souligne les limites théoriques des équipes psychiatriques dites « officielles ». D’un côté, on a des Trans qui souffrent de l’exclusion sociale. De l’autre, on a un remède simple : la transition. En leur refusant cette transition sous prétexte qu’elles sont tombées malades (à force d’exclusion), ceux que l’on paie pour soigner refusent d’aider celles qui en ont besoin et tentent d’imposer un suivi psychiatrique sous contrainte à celles qui n’en veulent pas. En voulant à tout prix soigner une maladie imaginaire (la trans-identité), ils négligent les troubles induits par les discriminations. On l’a vu, ce n’est pas parce que certaines Trans ont des troubles mentaux (insistons : c’est en général le produit de la maltraitance) que la trans-identité en soi est un trouble.
Loin d’être un trouble, une malédiction, ou un fardeau à porter, la trans-identité peut être une chance inouïe. Peu de gens peuvent remettre en question leur vie de façon aussi radicale. Être Trans offre d’incroyables opportunités, à condition de savoir les saisir. Le fait d’avoir connu les deux rôles, les deux cultures (le « club hommes* » et le « club femmes* ») permet une reconstruction de l’identité hors du schéma binaire traditionnel. Une personne transgenre peut s’approprier ce qu’elle estime positif dans chacun des deux rôles et les « mixer » comme elle l’entend. Elle peut prendre du recul par rapport aux rails tous tracés de la socialisation masculine ou féminine et ainsi devenir plus consciente et plus libre. La conscience accrue des deux rôles (celui qu’on a appris dans l’enfance et celui qu’on apprend plus tard) permet de s’en détacher en partie, surtout dans ce qu’ils ont d’artificiel et de futile. Cette distance critique, relevée par un brin d’humour, évite par ailleurs de trop se prendre au sérieux. Être plus libre, c’est aussi refuser de devenir une caricature de femme (ne rêvant que de popote, de maquillage, de fringues sexy et « naturellement » soumise au mâle).

Alexandra Augst-Merelle, Stéphanie Nicot, Changer de sexe, Le Cavalier bleu

Document 3 :

Le changement de sexe fait appel à des équipes médicales spécialisées dans le transsexualisme qui regroupent des psychiatres, des endocrinologues et des chirurgiens. En France, une prise en charge psychiatrique est dans un premier temps obligatoire pour une durée minimum de deux ans. Dans ce cadre, le rôle du psychiatre n'est pas de soigner, mais bien d'affirmer ou d'infirmer le diagnostic de transsexualisme. C'est l'occasion pour le demandeur de faire le point sur son parcours, sur sa motivation, en recherchant l'origine, le sens et la finalité de son désir.
Si, à l'issue de cette période, le psychiatre confirme de diagnostic de transsexualisme, il sera possible pour le transsexuel d'accéder à une prise en charge thérapeutique hormonale et chirurgicale afin de modifier certains de ses caractères sexuels.
Il utilise des hormones ou des anti-hormones dans le but de modifier les caractéristiques sexuelles du sexe biologique et de faire apparaître celles du sexe revendiqué par le sujet.
·                     Chez les transsexuels MF (homme => Femme), le traitement  se fait en deux temps. D'abord des anti-hormones males (anti-androgènes) qui ont pour effet de diminuer la libido et les érections, puis un traitement par des oestrogènes qui va entraîner l'apparition de caractères morphologiques féminins (seins, voix, répartition des graisses…).
·                     Pour les transsexuels FM (femme => homme), une prise d'androgènes (testostérone) est nécessaire afin de développer les caractères sexuels masculins : augmentation de la masse musculaire et de la pilosité, raucité de la voix. Le résultat est sans nul doute beaucoup plus spectaculaire dans ce sens.
Ces hormones doivent être prises durant toute la vie pour maintenir les caractères obtenus.
Il s'agit d'interventions définitives dont les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des attentes tant sur le plan esthétique que sur le plan fonctionnel. Pour une féminisation de l'apparence, on procède en général à une chirurgie des seins, à une ablation des testicules et à la fabrication d'un vagin et d'une vulve. D'autres opérations à caractère non génital sont souvent demandées : chirurgie faciale, chirurgie d'adaptation vocale, remodelage corporel.
Pour une masculinisation, une chirurgie des seins est réalisée, une ablation de l'utérus et des ovaires, ainsi que la fabrication d'un phallus et d'un scrotum.
Contrairement à d'autres pays européens, il n'existe pas en France de loi qui permette facilement à une personne opérée qui vit dans le rôle et l'habitus du sexe opposé de changer d'état civil. Il faut donc passer par une demande circonstanciée auprès du Tribunal aux Affaires Familiales pour "changement de prénom dans l'intérêt légitime". Le changement de prénom est obtenu dans deux hypothèses : soit le transsexuel a obtenu une modification de la mention concernant le sexe et le changement se fait automatiquement, soit la reconnaissance juridique du transsexualisme a été refusée et le transsexuel, débouté, à titre de compensation, a été autorisé à changer de prénoms. La durée de la procédure est de 3 à 6 mois.
Le changement d'état civil est un parcours long et difficile, aujourd'hui encore même si l'on peut noter de nombreuses évolutions. Cependant, un projet de loi en faveur des transsexuels n'est pas encore envisagé en France. Les juristes se demandent s'il est légitime de légiférer sur ce sujet.

Séverine Braam, "Le transsexualisme en question", doctissimo.fr

Document 4 :

 à gauche, juste après le traitement hormonal et la chirurgie supérieure, à droite, deux ans après

Jamie Raines, "My Gender Transition From Female To Male", Buzzfeedvideo, You tube


2) Ecriture personnelle :


Dans quelle mesure le sexe d'un individu est-il naturel ou artificiel ?
ou
Le corps naturel suffit-il à déterminer l'identité sexuelle ?


dimanche 3 septembre 2017

Corps naturel, corps artificiel : sujet de culture générale n°2



1) Vous ferez une synthèse concise, objective et ordonnée des documents suivants :

Document 1 :

A la suite du décryptage du génome ont été mis en évidence un certain nombre de gènes impliqués dans les effets de l'âge. Le premier découvert étant celui de l'apolipoprotéine E, l'une des molécules qui transportent le cholestérol. Mais des chercheurs sont allés bien plus loin. Cynthia Kenyon, une brillante biologiste de l'université de Californie à San Francisco, est parvenue à décoder tout un processus génétique impliqué dans la durée de la vie. Elle a pris pour cobaye Caenorhabditis elegans, un ver nématode de 1 millimètre de long, doté de 1100 cellules et de 17 jours d'espérance de vie. Une caractéristique qui fait de cette bestiole un modèle unique pour étudier l'impact de stratégies de lutte contre le vieillissement. Cynthia Kenyon démontre qu'une mutation d'un seul gène, appelé DAF-2, multiplie par deux la durée de vie de ce ver, mais également son potentiel jeunesse. Pour le ver nématode, 34 jours, pour l'homme, 160 ans, avec, au moins, 80 années de pleine jeunesse.
L'équation comme la perspective laissent rêveur. D'autant que ce gène DAF-2, qui contrôle une série de gènes actifs dans la croissance, dans le métabolisme et dans les systèmes de lutte contre les radicaux libres, a un équivalent chez le mammifère, donc chez l'homme, dans ce que l'on appelle la «cascade insuline IGF-1». Or, dès lors que l'on connaît le mode de fonctionnement de ces gènes, on peut agir sur eux en les bloquant, en les stimulant ou en les copiant. Une thèse corroborée par des études portant notamment sur la restriction calorique ainsi que sur le resvératrol, un antioxydant que l'on trouve dans le vin. Un axiome à consommer, bien sûr, avec modération. Il ne s'agit pas de moins manger et de boire plus d'alcool. L'histoire montre avant tout que la génétique n'est pas une fatalité. Elle offre aussi des moyens d'action potentiels pour un surcroît d'existence et de jeunesse.
Plus spectaculaires encore, les travaux du Pr Ronald DePinho de l'université Harvard. Il prend le problème à la racine en agissant directement sur le renouvellement des cellules de souris vieillies prématurément. Toutes les cellules se divisent pour se renouveler. Or, à chaque division, les extrémités des chromosomes, les télomères, raccourcissent. Au bout d'un certain nombre de divisions, la taille du télomère s'atrophie et la cellule cesse de se diviser, entre en sénescence ou s'autodétruit. Cette mort cellulaire diminue la reproduction des tissus et contribue au vieillissement. Or, le Pr Ronald DePinho a réactivé la production d'une enzyme, la télomérase, intervenant notamment durant le développement embryonnaire. Celle-ci est capable de rallonger les télomères. Miracle de la régénérescence, le processus s'est inversé, les souris ont rajeuni ! Pourquoi pas nous ? Elles ont retrouvé leur fertilité, et leurs organes tels le foie ou les intestins en parfait état. Et, nec plus ultra, le cerveau, lui-même, se trouve régénéré avec le développement de nouveaux neurones. La démonstration est faite - du moins chez le rongeur - qu'en maintenant la taille optimale des télomères, on préserve, voire on améliore la jeunesse cellulaire.
Mais cette cure de jouvence n'est pas sans dangers. Si la télomérase est bénéfique aux cellules saines en maintenant leur capacité à se diviser, elle bénéficie également et malheureusement aux cellules malignes. Faust appartient désormais au passé. Il ne s'agit plus de vendre son âme au diable, mais d'arbitrer entre vieillir tout simplement ou rajeunir... en prenant le risque de vivre moins longtemps.

Martine Betti-Cusso, "Rester jeune", lefigaro.fr

Document 2 :

Photos : Découvrez Cristiano Ronaldo avant la chirurgie esthétique et le botox
Le footballer portugais a révélé dans une interview accordée au magazine VIP être accro aux injections de botox, et ce depuis de nombreuses années.
Il faut dire que le jeune homme de 31 ans accorde une attention toute particulière à son visage.
Rides lissées, sourcils épilés, peau ultra-nette et dentition parfaite… aucun détail n’est laissé au hasard.
Et cela ne semble pas être qu’une question de médecine esthétique. En regardant de plus près quelques-unes de ses anciennes photos, on soupçonne le joueur du Real Madrid d’avoir également eu recours à la chirurgie esthétique. En effet, son nez apparaît beaucoup plus fin et ses paupières légèrement rehaussées… à vous de juger !
Cristiano Ronaldo avant la chirurgie :


Crédits des photos : Pinterest

 Crédits des photos : Instagram @cristiano
"Photos : Découvrez Cristiano Ronaldo avant la chirurgie esthétique et le botox", femmeactuelle.fr

Document 3 :

On admire le sexagénaire bien tapé Mick Jagger d'exercer le plus jeune métier du monde en jean moulant. Sa pêche sur scène déclenche l'enthousiasme. Non pas : " C'est plus de son âge ", mais : " C'est vraiment bien pour son âge. " Du coup, le type peut chanter sans trop d'ironie Time Is on My side, sorti  en 1964, à l'époque où le même se dépensait mille fois moins sur scène, conformément à une donnée qui est tout sauf paradoxale : à l'époque, sa jeunesse effective n'avait pas besoin de produire un pastiche de jeunesse ; son énergie réelle le dispensait de produire la comédie de l'énergie.
Car on sait ce que ce miracle de jouvence induit de renoncement à ce qui caractérise la jeunesse, à savoir une souveraine indifférence aux conséquences médicales de ses actes (biture, drogue, nuits blanches, clopes clopes clopes). En 2004, le premier dentiste que je consultai après quinze ans de soins me révéla que mon cas était d'une désolante banalité : entre 20 et 35 ans, on se bousille les dents en s'en foutant complètement. Et on abreuve notre foie de mauvaise bière. Et on bouffe n'importe quoi, n'importe quand. Il est probable que, pour rester jeune, Jagger ait cessé de boire et adopté une alimentation diététique, quadrature du cercle dont Madonna, née en 1958, est aujourd'hui la meilleure (ou la pire) représentante : corps parfait, musclé, forme olympique, pas une ride ; mais à quel prix se conserve-t-elle ainsi ?  Au prix d'une discipline totalement a contrario des pratiques de la jeunesse réelle. L'idée de la jeunesse sans sa réalité, chaotique et peu économe. La Ciccone ne fait plus la fête, se couche tôt, se ceinture. Non seulement son comportement ne rend pas justice à la jeunesse, mais il en est la négation factuelle.
Le problème n'est donc pas de vouloir rester jeune, en pleine santé, de disposer d'un corps mobile et peu entravé. Qui nierait qu'il vaille mieux être bien portant et jeune que malade et grabataire ? Dira-t-on que les seniors, ces jeunes d'entre les vieux, se ridiculisent à maintenir leur activité sexuelle grâce au Viagra ? Qui se souhaite une retraite abstinente ? Le problème, c'est que ces efforts pour ne pas vieillir impliquent la révocation de ce que nous avons appelé l'ethos jeune. Du sport à tous crins, passe encore - quoique le jeune pratique moins le sport pour s'entretenir que pour le fun, le plaisir de bouger, de jouer, et l'intensité érotique de la compétition (les ados s'adonnent beaucoup moins à l'aquagym qu'au basket, quoi qu'on dise). Mais une alimentation saine ? Mais une absence totale d'excès ? Ni hamburger, ni shit, ni shoots de vodka : une vie à se pendre, une vie à suivre le programme d'entraînement cérébral du Dr Kawashima sur Nintendo DS*.

François Bégaudeau et Joy Sorman, Parce que ça nous plaît - L'invention de la jeunesse, 2013

Document 4 :

Il sentit que le temps était venu, cette fois, de faire son choix. Son choix n’avait-il été déjà fait ? Oui, la vie avait décidé pour lui... la vie, et aussi l’âpre curiosité qu’il en avait... L’éternelle jeunesse, l’infinie passion, les plaisirs subtils et secrets, les joies ardentes et les péchés plus ardents encore, toutes ces choses il devait les connaître. Le portrait assumerait le poids de sa honte, voilà tout !...
Une sensation de douleur le poignit en pensant à la désagrégation que subirait sa belle face peinte sur la toile. Une fois, moquerie gamine de Narcisse, il avait baisé, ou feint de baiser ces lèvres peintes, qui, maintenant, lui souriaient si cruellement. Des jours et des jours, il s’était assis devant son portrait, s’émerveillant de sa beauté, presque énamouré d’elle comme il lui sembla maintes fois... Devait-elle s’altérer, à présent, à chaque péché auquel il céderait ? Cela deviendrait-il un monstrueux et dégoûtant objet à cacher dans quelque chambre cadenassée, loin de la lumière du soleil qui avait si souvent léché l’or éclatant de sa chevelure ondée ? Quelle dérision sans mesure !
Un instant, il songea à prier pour que cessât l’horrible sympathie existant entre lui et le portrait. Une prière l’avait faite ; peut-être une prière la pouvait-elle détruire ?...
Cependant, qui, connaissant la vie, hésiterait pour garder la chance de rester toujours jeune, quelque fantastique que cette chance pût paraître, à tenter les conséquences que ce choix pouvait entraîner ?... D’ailleurs cela dépendait-il de sa volonté ?...
Était-ce vraiment la prière qui avait produit cette substitution ? Quelque raison scientifique ne pouvait-elle l’expliquer ? Si la pensée pouvait exercer une influence sur un organisme vivant, cette influence ne pouvait-elle s’exercer sur les choses mortes ou inorganiques ? Ne pouvaient-elles, les choses extérieures à nous-mêmes, sans pensée ou désir conscients, vibrer à l’unisson de nos humeurs ou de nos passions, l’atome appelant l’atome dans un amour secret ou une étrange affinité. Mais la raison était sans importance. Il ne tenterait plus par la prière un si terrible pouvoir. Si la peinture devait s’altérer, rien ne pouvait l’empêcher. C’était clair. Pourquoi approfondir cela ? Car il y aurait un véritable plaisir à guetter ce changement ? Il pourrait suivre son esprit dans ses pensées secrètes ; ce portrait lui serait le plus magique des miroirs. Comme il lui avait révélé son propre corps, il lui révélerait sa propre âme. Et quand l’hiver de la vie viendrait, sur le portrait, lui, resterait sur la lisière frissonnante du printemps et de l’été. Quand le sang lui viendrait à la face, laissant derrière un masque pallide de craie aux yeux plombés, il garderait la splendeur de l’adolescence. Aucune floraison de sa jeunesse ne se flétrirait ; le pouls de sa vie ne s’affaiblirait point. Comme les dieux de la Grèce, il serait fort, et léger et joyeux. Que pouvait lui faire ce qui arriverait à l’image peinte sur la toile ? Il serait sauf : tout était là !...

Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, 1890, fr.wikisource.org


2) Ecriture personnelle :

Pour rester jeune, faut-il lutter contre le vieillissement naturel du corps ?