samedi 18 mars 2017

L'extraordinaire : sujet de synthèse et d'écriture personnelle n°4



1) Vous ferez une synthèse concise, objective et ordonnée des documents suivants :

Document 1 :

[Galaad, le chevalier vierge, est le fils adultérin de Lancelot. Il est le seul qui réussit à accomplir la quête du Graal, jusqu'à contempler le mystère de l'univers dans le vase sacré. Ce vase a contenu le vin de la Cène et a recueilli ensuite le sang du Christ en croix. Grâce à Galaad, le plus pur et le meilleur de tous les chevaliers, vont cesser tous les prodiges qui accablent le royaume de Logres.]

Quand Galaad eut quitté Lancelot, il parcourut en tous sens le royaume de Logres1, au gré du hasard. Il y acheva sans peine toutes les aventures qui jusque-là avaient déconcerté les chevaliers de la Table Ronde. Ainsi, lorsqu’il arriva à l’abbaye où gisait le roi Evalach2 et où Perceval avait fait jadis une visite vaine, le vieillard, aveugle et infirme depuis des siècles, se sentit incontinent soulagé de ses maux. Bon chevalier, s’écria-t-il, soldat du Christ dont j’ai si longtemps attendu la venue, tiens-moi dans tes bras, laisse-moi reposer sur ta poitrine ! Tu es le lis, tu es la rose ; près de toi ma chair, morte de vieillesse, revient à la vie ! Et, comme il lui avait été prédit, le vieux roi, entre les bras de Galaad, fut guéri et presque au même instant trépassa.
Tous ceux qui souffraient, les malheureux, les maudits, pucelles prisonnières, veuves déshéritées, pécheurs qui expiaient quelque faute ancienne, à son approche étaient délivrés, pardonnés ; tous le saluaient de la même salutation : Seigneur, soyez le bienvenu ! si longtemps nous vous avons attendu ! Mais il punissait les méchants, les violents, chassait les démons, faisait crouler les enchantements : il était le Rédempteur et le Juge. Cette chevauchée dura cinq ans et se termina au château de Corbenic3, où Galaad parvint après avoir retrouvé Perceval et Bohort4. Le roi et tous ceux de la sainte maison firent fête aux trois chevaliers, car on savait que par eux seraient terminées les aventures merveilleuses du Graal. On leur présenta d’abord l’Épée brisée, qui devait se ressouder d’elle-même aux mains du héros élu. Perceval et Bohort essayèrent en vain d’en ajuster les deux morceaux ; mais à peine Galaad les avait-il pris en main qu’ils se rejoignirent, de telle sorte qu’aucune trace de brisure n’apparaissait dans l’acier.

Logres : royaume légendaire du roi Arthur correspondant à l'Angleterre.
Evalach : roi qui quitta l'Orient pour la Bretagne où il fut le défenseur des Chrétiens. Il a été aveuglé et blessé en désobéissant à la voix qui lui interdisait de voir de près le Graal.
Corbenic : château du Roi Pêcheur, grand-père de Galaad, où se trouve le Saint-Graal.
Perceval, Bohort : chevaliers de la Table Ronde. 

La Quête du Saint Graal, traduction Albert Pauphilet.

Document 2 :

Ils s'appellent Motor Mouth, Mutinous Angel, Citizen Change ou The Eye. Ils gardent leur identité secrète. Ce sont des Real Life superhéros. Qu'ils luttent contre le crime ou volent au secours des plus démunis, leur mission : répandre le bien, exactement comme leurs modèles, sortis tout droit des comics américains.
En octobre dernier à Seattle, un homme est arrêté pour avoir utilisé sa bombe lacrymogène contre quatre personnes. Phoenix Jones se prend pour un superhéros et il dit être intervenu pour mettre à fin à une bagarre.
Ce fait divers a révélé au grand jour un phénomène en pleine expansion aux Etats-Unis. Les Real Life superheroes, comme on les appelle ici, seraient quelque 300 dans tout le pays. Ils gardent leur identité secrète. Leur mission, comme l’explique Motor Mouth : lutter contre le crime et voler au secours des plus faibles.
Alpha Blue : "Pour moi, être un superhéros signifie « venir en aide aux gens ». Faire en sorte qu’ils n'aient pas à craindre qu'on leur vole leur sac, ou leur voiture. Qu’ils ne craignent pas d’être agressés pour quelques dollars."
Pour Cheshire Cat, Motor Mouth et Black Dog, cela implique de monter la garde à la sortie des bars et des boites de nuit. Des heures à patrouiller, prêts à intervenir à la moindre bagarre. Pas toujours facile sans super pouvoirs de se trouver au bon endroit au bon moment, alors souvent, il ne se passe rien. Pourtant, chaque week-end, ils endossent leur tenue de superhéros. "Le costume ça attire l'attention sur ce que l'on fait, explique Cheshire Cat, et donc sur les problèmes que l'on soulève"
Quelques jours plus tard, nous retrouvons ces superhéros dans leur quartier populaire d'Oakland en Californie. Après sa journée de travail, Motor Mouth vient souvent s'entraîner quelques heures chez son ami.
Blackdog est intermittent du spectacle. A 30 ans, Motor Mouth, lui est assistant dans une école pour des enfants retardés mentalement. A l'occasion, il travaille aussi comme agent de sécurité. Les deux mènent une vie ordinaire, si ce n'était ces activités nocturnes auxquelles ils consacrent beaucoup de temps et d'énergie... "Je me sens totalement engagé dans cette mission et c'est quelque chose de très positif dans ma vie.  Ça m'apporte un sentiment de satisfaction, de savoir que j'agis pour rendre meilleur le monde dans lequel je vis."
Pour le docteur Robin Rosenberg qui étudie la psychologie des superhéros, la plupart des Real Life superhéros veulent vraiment faire le bien : "Comme les superhéros de fiction, ils pensent qu'ils ont une mission, un but, un appel supérieur. Et c'est une manière de l'exprimer. Quand ils marchent et qu'ils tentent d'intervenir alors qu'ils sont en costume, tout le monde immédiatement les reconnaît :  Oh, ils sont habillés en super-héros. Les gens vont peut être rire ou sourire, mais ils comprennent tout de suite." 
C’est le cas d’Alpha Blue, à Riverside, en Californie justement. Le jour, le jeune homme est vendeur dans une épicerie, la nuit il est superhéros. Ce soir, avec ses deux acolytes, ils ont prévu de distribuer de la nourriture aux sans abris.
Parfois un peu loufoques, souvent généreux et toujours totalement dévoués à leur cause, ces justiciers masqués ne sont pas prêts d'abandonner leur costume.

http://www.nouvo.ch

Document 3 :

Publiée dans le Journal of Experimental Psychology, une étude expérimentale américaine suggère que les fans de Batman ou Spider-Man puisent dans l’image de leur idole de véritables ressources d'énergie et de bien-être. Batman, Superman ou encore Spider-Man, si ces superhéros ont vu le jour il y a plusieurs dizaines d'années, leurs aventures continuent de ravir des millions de personnes à travers le monde, certains étant même des fans incontestés. Mais qu'en est-il de leur effet sur notre mental ? En effet, de précédentes études avaient déjà montré que certaines personnes se sentent mieux dans leur corps après avoir vu l’image d’un acteur adulé. Dans le même registre, des chercheurs de l’Université de Buffalo (état de New York) ont donc procédé à des expériences sur 98 hommes (volontaires), sélectionnés soit pour être des fans de Batman ou de Spider-Man, soit au contraire pour être parfaitement indifférents à ces deux superhéros. Au cours de l'expérience, les scientifiques ont d’abord montré aux ‘cobayes’ des images de ces personnages – images tantôt sur-flatteuses, avec biscotos ‘boostés’, tantôt ‘amoindries’, avec muscles réduits. Puis les sujets ont été interrogés sur leur propre force, leur condition physique ou la taille de leurs propres biceps – des données vérifiées ensuite grâce à un dynamomètre mesurant la pression maximale exercée en serrant le poing. Les résultats ont alors montré que les non-fans avaient tendance à ‘complexer’ (en se sous-estimant) après avoir observé les muscles de Batman ou Spider-Man. Les fans, en revanche, ont montré une bonne estime d’eux-mêmes, et – étonnamment – ont fait preuve de plus de force physique après avoir vu l’image ‘sur-gonflée’ de leur idole… Une façon de s’identifier à fond au personnage tant admiré ? Probable.

Émeline Ferard,  "
Psychologie : les super-héros aident réellement leurs fans à se sentir mieux", maxisciences.com

Document 4 :
(...)
  Superman est-il vraiment l’incarnation de la justice ?
Superman est un justicier, c’est bien connu. Mais de quelle justice parle-ton ? Lorsque Mark Millar imagine dans un comic book, un Superman élevé en URSS qui défend les intérêts du parti au pouvoir, un doute survient : Superman ne serait-il que le serviteur d’une justice relative à un pays ? A l’inverse de Batman, qui incarne une justice plus personnelle et réfléchie, Superman semble adopter une forme de conformisme vis-à-vis de l’idéologie ambiante. Jusqu’à ce que, dans le numéro 900 d’Action comics, il délaisse sa nationalité américaine pour se déclarer citoyen du monde et incarner ainsi une justice plus universelle…
  Les origines extra-terrestres de Superman sont-elles un obstacle à son humanité ?
Superman est un immigré, adopté par la famille Kent. Par son origine, il n’est donc pas humain, ce qui explique peut-être en partie le rejet dont il fera l’objet à certains moments. Pour autant, son intégration et l’amour qu’il porte aux humains nous permet de questionner ce qui fait l’humanité. Est-ce vraiment une question de gènes et d’origine ? N’est-ce pas davantage une question d’éducation et de valeurs. La dignité de Superman lui permet de prétendre à une place au sein de l’humanité, de manière bien plus légitime que certains de ses ennemis terrestres, qui se comportent de façon inhumaine…
  Superman est-il un homme ou un Dieu ?
Kal-El, le nom de baptême kryptonien de Superman signifierait en hébreu « le petit Dieu ». Nombreux sont par ailleurs les éléments de comparaisons avec un autre être à la fois divin et humain, qui a fini par périr par amour des hommes. Mais le rapprochement entre Superman et le Christ nous permet d’insister sur la dimension médiatrice du Superhéros. Il est cet entre-deux, qui à la manière de l’ange, fait la transition entre la faillibilité des hommes et la perfection divine. Il joue ainsi le rôle d’exemple et inspire l’espoir, sans être trop éloigné, afin de permettre l’identification du spectateur ou du lecteur, de la condition humaine.
  Superman est-il immortel ?
Cette question est rattachée à la précédente. Superman n’est pas un Dieu puisqu’il est faillible et surtout extrêmement sensible à une roche extra-terrestre, la kryptonite. Ce talon d’Achille nous amène à affirmer sa condition de mortel. Les amateurs de comics se remémoreront sa fin tragique contre Doomsday, tout en la nuançant en rappelant sa résurrection. Le fait que Superman ne vieillisse pas au cinéma depuis les années 1930 (pour des raisons scénaristiques) entretient cette ambiguïté.
  Superman est-il un surhomme ?
Les questions 5 et 6 nous amèneraient à penser que Superman, s’il est plus qu’un homme comme l’indique l’adjectif « super », doit être un surhomme. Attention néanmoins à ce que l’on entend sous ce terme, qui suscite depuis son évocation par Nietzsche, des interprétations discutables. Le philosophe allemand entendait par là, la définition d’un but pour l’homme et les conditions de son autodépassement. Certains comprendront malheureusement la nécessité d’une sélection par la race et la juste domination des êtres supérieurs. En ce qui concerne notre héros, remarquons qu’il ne revendique jamais une quelconque domination sur les hommes et qu’il se considère au contraire comme leur serviteur. En tant qu’exemple et espoir suscité par sa bonté, il peut peut-être encourager l’humanité ordinaire à progresser dans ce sens.
  Est-ce que ce sont ses pouvoirs qui font de Superman un héros ?
Si Superman peut être considéré comme un demi-dieu ou un surhomme, n’est-ce pas parce qu’il possède des pouvoirs et une force sans limites ? Pourtant, comme nous le montre l’exemple de méchants parfois très bien pourvus de ce côté-là, il semblerait que le statut de héros implique autre chose qu’une supériorité physique. Et si les pouvoirs peuvent être indifféremment employés pour faire le bien ou le mal, qu’est-ce qui préside à leur usage héroïque ? On peut répondre en remarquant simplement que Superman n’utilise jamais ses pouvoirs pour son propre intérêt (sauf peut-être quand il emmène Loïs Lane faire un petit tour dans les airs) et qu’il fait donc de sa force un usage responsable. Imaginez la sagesse et la force d’esprit nécessaire pour ne pas abuser de ces capacités extraordinaires... On sait bien qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, et c’est en cela que réside le Super-héroïsme. (...)

Simon Merle, "Top 10 des questions philosophiques que soulève Superman", topito.com


2) Écriture personnelle :

Le superhéros a-t-il pour mission de rétablir le bon ordre des choses ? 

jeudi 16 mars 2017

L'extraordinaire et la moralité

Extraordinaire et moralité 
On entend souvent dire qu'il faut repousser ses limites, se surpasser, sortir de sa zone de confort (ou l'élargir). Y incitent la recherche du rendement, la concurrence, la dure loi du marché, le développement de soi, la survie professionnelle, sportive, etc. Fais mieux ou disparais, telle est l'injonction.

On pourrait voir deux façons de sortir de l'ordinaire de la moralité : repousser les limites ou les resserrer. Sortir de la route ou rendre la voie plus étroite. Dans les deux cas il s'agit d'aller plus loin. Plus loin dans la moralité ou plus loin dans l'immoralité.

Le Christ dit (Évangile selon Matthieu, ch. 5 : "Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ?" ) qu'il ne faut pas se contenter de l'ordinaire (aimer ses amis). Il faut faire l'extraordinaire (aimer ses ennemis). Le Christ fait scandale car il pousse à l'extrême la loi de la Torah. Il rompt avec la tradition mosaïque et inaugure une nouvelle série, la tradition chrétienne. De même la Révolution française (culminant dans une terreur extraordinaire) rompt avec l'Ancien Régime et inaugure la tradition républicaine.

L'antisémitisme était ordinaire avant la Shoah. Il est devenu extraordinaire dans la Shoah. Cette haine ordinaire a pris une dimension extraordinaire quand toute la puissance d'un état s'est mise à son service. Des hommes ordinaires comme Eichmann, dit Arendt, ont exécuté les ordres de monstres et ont contribué à l'extraordinaire extermination. Qu'un train roule n'a rien d'extraordinaire. Ce qui l'est c'est que le train fonce à toute vitesse contre les butoirs de la gare. L'antisémitisme a été hélas l'ordinaire de millions d'européens aux XIXe et XXe siècles. Il est devenu extraordinaire pendant quelques années avec la catastrophe de l'holocauste.

Le droit permet la transgression des règles dans des circonstances exceptionnelles (extraordinaires). L'interdit de l'homicide, par exemple, peut être transgressé dans le cas de la légitime défense. Il arrive que les États ou les peuples invoquent la légitime défense. La Terreur, par exemple, n'est-elle pas motivée par le danger que court la Révolution ? L'extraordinaire devient une pseudo-justification du meurtre. Il viole la loi du respect de la vie humaine.

Dans le cas du Christ (ou de Gandhi qui écrivit amicalement à Hitler pour le détourner de la guerre), l'extraordinaire ne viole pas la loi, il renchérit sur la loi. C'est peut-être aussi le cas du maître dans le récit Maître et serviteur de Tolstoï. Il sacrifie sa vie, lui le riche égoïste et cupide, pour sauver son valet en se couchant sur lui pour le protéger du gel.  C'est un parfait exemple, semble-t-il, de l'extraordinaire dans le respect du devoir (imparfait, infini, dit Kant) de secourir autrui. C'est aussi, semble-t-il, une illustration de ce que Levinas appelle la responsabilité pour autrui.


"Le lien avec autrui ne se noue que comme responsabilité, que celle-ci, d'ailleurs, soit acceptée ou refusée, que l'on sache ou non comment l'assumer, que l'on puisse ou non faire quelque chose de concret pour autrui. Dire : me voici. Faire quelque chose pour un autre. Donner. Être un esprit humain, c'est cela." Levinas, Éthique et Infini.

Il y aurait donc deux sortes d'extraordinaire dans la moralité, deux sortes d'écarts par rapport à la norme, la transgression de la loi (le sacrifice d'Isaac) ou le paroxysme de la loi. Désobéir à la loi morale ou être plus loyaliste qu'elle.

mercredi 4 janvier 2017

corrigé de la synthèse n° 3 : copie d'étudiant



La raison humaine déteste l´incertitude. Nous ne cessons de vouloir prédire avec certitude ce qui se produira, connaître à l´avance ce que sera l´issue d´une de nos initiatives ou le terme d´une entreprise dans laquelle nous sommes impliqués. Parce que nous nous sommes convaincus que, dans le réel, « rien n´est sans raison », selon la formule donnée par Leibniz au principe de raison. On se demande alors comment s’explique le hasard extraordinaire. Pour répondre à cette question, nous allons d’une part faire une description de certains faits extraordinaires dus au hasard, qui sont évoqués dans ce corpus, d’autre part nous expliquerons ces faits et leurs sens.

   Tout d’abord, on peut penser que le tirage de dix dés, ne donnant que des chiffres six, est plus extraordinaire qu’un tirage donnant une quelconque suite de chiffres, alors qu’en vérité, les probabilités de réalisation de ces deux faits, évoqués par intra-science.com dans « Les coïncidences sont-elles dues au hasard ? », sont identiques. Ce même site internet explique aussi le fait de tirer à pile ou face, ces cas sont équiprobables et donc seule la situation A paraît possible, les autres paraissent extraordinaires, comme la B où l’on ne tire que des faces les 6 premiers essais, puis que des piles durant les derniers essais. D’ailleurs, Antoine-Augustin Cournot montre aussi cette idée faussée de l’extraordinaire, dans Matérialisme, vitalisme, rationalisme, car selon lui, un gros gain d’argent à un tirage de loto ou autre, ne sera remarqué que si la personne gagnante est pauvre ou riche. Autrement dit cela ne paraitra pas extraordinaire si cette personne faut partie de la classe moyenne. On peut rencontrer toute sorte de coïncidence dans la vie de tous les jours, comme elles sont évoquées par Jean Moisset dans « Mystère des coïncidences ». Ainsi il peut nous arriver de rencontrer une connaissance en vacances, ou  de nous rendre compte que l’on a un ami en commun avec l’inconnu avec qui on discute, ou qu’une personne nous appelle alors qu’on pensait justement à elle à ce moment. D’ailleurs René Char raconte une coïncidence semblable à celle-ci, dans son récit Recherche de la base et du commet. Cet auteur, alors qu’il vient de terminer le jour même le poème « Madeleine à la veilleuse », rencontre une jeune femme nommé Madeleine. Jean Moisset nous fait part d’autres faits extraordinaires équivalents : un mot prononcé et entendu au même moment à la télévision, une succession de faits heureux ou malheureux (période de chance ou série noire), ou une suite de plusieurs accidents communs le même jour. La répétition de faits imprévus et semblables, le fait de manger le même plat chez différentes personnes à différents endroits sur des jours successifs, le tirage d’un même numéro au loto plusieurs fois à la suite (sérialité dans le temps) ou le tirage de plusieurs numéros voisins (sérialité dans l’espace). Il évoque un dernier exemple d’un fait extraordinaire, où il pense à son médecin parisien qui l’avait soigné d’une arthrose cervicale à l’époque où il habitait à Paris, et qu’il rencontre ensuite à Nice, une heure après cette pensée, ce qui fait déjà une coïncidence. De plus il le rencontre sur l’avenue Jean Médecin. Antoine-Augustin Cournot évoque le fait d’une tuile qui tombe d’un toit, et que l’on passe à ce moment précis ou pas, cette tuile tombera, et si alors les causes font que l’on doit passer, alors cette tuile nous tombera dessus.

   On a décrit les faits extraordinaires dus au hasard, évoqués dans ce corpus. Nous allons maintenant voir les sens du hasard extraordinaire. On peut d’abord remarquer une première explication de ce hasard extraordinaire ; certaines personnes, qui ne comprennent pas le hasard, associent ces faits incroyables à la chance ou à une fatalité. Cette impression peut être expliquée par des causes psychologiques, notre représentation altérée du hasard détourne notre capacité à comprendre, c’est une conception erronée du hasard selon le site intra-science.com, et cela explique le fait qu’on pense que des probabilités ne sont pas équiprobables, car certaines paraissent extraordinaires et d’autres non, alors qu’en vérité les probabilités sont les mêmes. On recherche alors des causes comme le confirme Antoine-Augustin Cournot, car l’Homme cherche des raisons à tout. Le hasard exprime une idée présente dans le fonctionnement du monde, dans des faits observables, d’après lui. Jean Moisset nous évoque aussi cette idée, les coïncidences observées dans ces faits extraordinaires sont observables dans la vie quotidienne de temps en temps, mais peuvent être aussi expliquées par des probabilités, comme l’explique d’ailleurs le site intra-science. Cette idée du hasard dépasse l’intelligence humaine d’après A.-A. Courront, c’est le croisement de chaînes ou de séries de causes, que nous ignorons, comme l’évoque aussi le site intra-science.com, d’après lequel cette idée découle des causes cérébrales. Ce premier sens du hasard extraordinaire est donc rationnel et explicable par des causes comme le ferait un scientifique. Il y a un second sens à ce hasard extraordinaire, car on ne croit pas toujours qu’un fait incroyable est aléatoire selon « Les coïncidences sont-elles dû au hasard ? ». En effet, certains pensent que certains faits sont dus à quelque chose de plus fort que l’on ne peut expliquer, comme on peut le remarquer dans l’œuvre de René Char, où la rencontre fortuite avec Madeleine est selon lui assimilable à quelque chose de divin, de supérieur. On rencontre alors des coïncidences indéfinissables dues à quelque chose de mystérieux, le destin, aussi appelée synchronicité d’après Jung, dans le texte de Jean Moisset intitulé « Mystère des coïncidences ». Cette synchronicité a du sens selon lui, elle est signifiante. C’est une coïncidence dans le temps sans lien de cause entre des faits extérieurs et l’état mental comme le montre Jean Moisset dans son exemple de fait.

   Nous avons donc vu les différents faits évoqués dans ce corpus. Il existe donc deux sens du hasard extraordinaire : il est ordinaire et observable car ce sont de simples coïncidences explicables par des probabilités ou des causes ordinaires. On peut aussi dire que ce hasard est quelque chose qui nous dépasse, que l’on ne peut expliquer, et que l’on appelle le destin.

Corentin Gelé, Bât. 2